Si le web était la propriété d’une seule personne ou d’une seule société, tout serait plus simple : le marché des noms de domaine serait un monopole et il suffirait d’être le plus offrant pour obtenir la concession d’une “adresse web” pour son site. Et accessoirement, cette personne ou cette société serait immensément riche. Mais ça ne se passe pas tout à fait comme ça et la gestion des noms de domaine est décentralisée, échappe parfois aux lois du marché et reste malgré tout très cohérente. Essayons de passer en revue les acteurs qui font fonctionner cette organisation planétaire depuis plusieurs décennies.

Préambule : En quoi consiste la “gestion des noms de domaine” ?

Avant de s’interroger sur les acteurs chargés de gérer les noms de domaine, demandons-nous d’abord en quoi consiste cette tâche. Gérer les noms de domaines, c’est certes les distribuer mais aussi faire en sorte qu’ils permettent d’accéder au contenu que l’on cherche.

1. On gère les noms de domaine avec des bases de données

Présenté simplement, “gérer les noms de domaine”, c’est être capable de tenir un annuaire reliant des noms à des identifiants de serveurs. On peut donc schématiser le fonctionnement de cette organisation comme un grand registre dans lequel est inscrite la correspondance entre des serveurs que l’on peut atteindre (donc connecté et identifié comme tel dans un réseau) et des noms facilement mémorisables évoquant le contenu qui nous attend sur les sites hébergés sur ces serveurs.  C’est le fonctionnement du “Système des Noms de Domaine” (DNS) : relier une adresse textuelle à diverses informations, notamment une adresse IP, et le faire de manière suffisamment rapide pour qu’on n’ait pas à fouiller dans une base de données de plusieurs centaines de millions de serveurs pour trouver ce que l’on cherche. Pour que cette “résolvabilité universelle” soit possible, il n’y a évidemment pas qu’une seule base de données mais plusieurs, savamment hiérarchisée.

2. Coordonner les différentes bases de données

Puisque cette gestion n’est pas totalement centralisée et que ces registres sont multiples et de différentes natures, il faut pouvoir faire communiquer ces bases de données. De la même manière que l’attribution d’adresses physiques – un numéro, un nom de rue, un code postal – est décidée localement mais doit permettre de recevoir une carte postale de l’autre bout du monde, l’attribution de noms de domaine doit être faite dans un cadre respectueux de certaines normes. La création, le maintien et la modernisation de ces normes est en soi une partie du travail de gestion des noms de domaines.

Gérer les noms de domaines, c’est donc maîtriser leur attribution et s’assurer que ces adresses sont fonctionnelles au niveau global. Ces différentes missions sont assurées par des acteurs locaux en grande partie coordonnés par une organisation centrale.

L’ICANN, superviseur de la stabilité opérationnelle d’Internet

Ce rôle central est assuré par l’Internet Corporation for Assigned Names and Numbers (ICANN) . La “Société pour l’attribution des noms de domaine et des numéros sur Internet” est une société à but non lucratif fondée en 1998 qui exerce différentes missions cruciales dans le fonctionnement des noms de domaine sur Internet.

1. Attribuer les identificateurs de protocole

Avant de relier une adresse IP à un nom de domaine, il faut que ces adresses chiffrées soient correctement attribuées. L’ICANN a donc pour mission d’allouer l’espace de ces adresses de protocoles Internet et de les attribuer. C’est donc cette mission qui est menée par Internet Assigned Numbers Authority (IANA), désormais intégré à l’ICANN.Une fois que les serveurs et terminaux sont “atteignables”, on peut mettre en œuvre un système de noms de domaine (Domain Name System, DNS). Nous le verrons, cette tâche sera déléguée à d’autres organismes.

2. Valider l’ouverture de toute nouvelle extension

Il appartient à l’ICANN de réguler le nombre et la diversité des extensions dites génériques (« gTLD », pour generic Top-Level Domain) disponibles. Chaque nouveau gTLD fait l’objet d’une candidature qui va être étudiée et éventuellement validée par l’organisme. Ainsi, en 2005 a été décidée une augmentation significative du nombre de TLD et une plus grande diversité des caractères utilisables. Quelques années plus tard, plus de 300 extensions étaient ouvertes à l’enregistrement, changeant fondamentalement l’environnement de ce marché. C’est dans ce cadre, également, que l’ICANN attribue depuis 2000 les extensions nationales. Ces extensions de deux lettres, caractéristiques des ccTLD (“country code top level domains”) sont confiées aux autorités des pays concernés (état souverain, territoire autonome…) dans le cadre d’un accord avec l’ICANN.

3.  Coordonner la gestion des éléments techniques du DNS

De manière transversale à ses autres missions, c’est bien toute la structure technique de la résolution du DNS qui est garantie par l’ICANN. Pour cela, un travail de normalisation est mené auprès des différents interlocuteurs, registres notamment, afin d’assurer qu’un internaute puisse accéder avec la même facilité à différents domaines comme nous le verrons gérés par des acteurs distincts.

L’ICANN est donc au cœur de ce système, mais cet organisme n’est pas le seul en charge de la gestion des noms de domaine, la gestion étant répartie en fonction des “domaines de premier niveau”, l’extension de votre nom de domaine. Et chacune de ces extensions dépend d’un seul Registre qui gère les noms de domaine utilisant cette extension.

Le Registre, responsable de chaque TLD

Nous l’avons vu, la gestion de votre nom de domaine a été déléguée à un organisme, le registre, selon l’extension que vous avez choisie, le TLD (Top Level Domain). Selon les cas, le registre responsable de votre nom de domaine est une délégation d’une autorité gouvernementale (pour les ccTLD, “country code”, les extensions de pays), une société privée ou toute autre forme d’organisation indépendante.

1. La gestion des ccTLD

Si votre nom de domaine est enregistré avec une extension de pays, il est géré par un organisme missionné par le gouvernement du pays en question. Ainsi, un site en .fr dépend de l’Association Française pour le Nommage Internet en Coopération (Afnic), qui a pour mission, outre l’attribution des noms de domaine en .fr, .re, .tf, .pm, .yt ou .wf, correspondant aux différents territoires français, le développement de l’économie numérique dans le pays. Ainsi, chaque pays va définir sa stratégie pour valoriser cet actif dans l’intérêt de son économie, en fixant une politique tarifaire particulière, en assortissant l’attribution d’un nom de domaine à certaines conditions (par exemple l’obligation d’exercer une activité sur le territoire) voire en contribuant, comme l’Afnic, à l’émergence d’extensions locales, ou “geoTLD”, comme le .bzh, le .paris, le .alsace ou encore le .corsica.

2. La gestion des TLD génériques

Les registres en charge des extensions dites “génériques” sont très diverses : ce sont des sociétés (comme Verisign, registre notamment du .com), des opérateurs à but non lucratif (comme PIR en charge du .org), certains ne gèrent qu’une extension, d’autres des centaines… Ce sont ces structures qui sont à l’origine de la création de nouvelles extensions qu’elles soumettent à l’ICANN. Selon leur nature, les registres vont mettre en œuvre une stratégie particulière : recherche de rentabilité ou soutien à une communauté par exemple.

Le registre est donc chargé d’un ou plusieurs TLDs, œuvre pour leur mise sur le marché, s’assure qu’ils trouvent leur public et contribue à leur rayonnement. Par conséquent, pour acheter votre nom de domaine, devez-vous vous adresser au registre ? Pas tout à fait.

Le Bureau d’enregistrement, notaire des noms de domaine

Pour comparer les différentes possibilités qui vous sont offertes pour choisir votre nom de domaine, il existe des bureaux d’enregistrement (ou “registrar”) comme Gandi (pour citer un exemple au hasard) ). Ces organismes, signent des contrats avec les différents registres et mettent l’ensemble des noms de domaine à disposition des particuliers et des professionnels.

Mais la mission du bureau d’enregistrement va bien au-delà du rôle d’intermédiaire commercial. 

  • Le bureau d’enregistrement est l’interlocuteur du propriétaire du nom de domaine au niveau légal. Si des malversations sont commises avec votre nom de domaine ou si des noms de domaines sont enregistrés avec des intentions délictuelles (cybersquatting par exemple), c’est bien le service Abuse du registrar qui est désigné par le Whois comme référent sur ces questions. 
  • Le bureau d’enregistrement est également le référent technique du bon fonctionnement du nom de domaine. Là encore, le Whois donne les coordonnées du registrar sur ces questions.

De ce point de vue, la gestion de votre nom de domaine est assurée par le bureau d’enregistrement qui est en quelque sorte le notaire des noms de domaines.

Conclusion : le propriétaire aussi gère les noms de domaine

Nous l’avons vu, la gestion d’un nom de domaine est scindé en différents niveaux de responsabilité : la cohérence technique du système des noms de domaine est centralisée par l’ICANN, ce qui permet aux registres de gérer l’attribution des noms de domaine pour chacune des extensions validées par l’ICANN. Ces registres accréditent des bureaux d’enregistrement pour mettre ces noms de domaines à disposition des utilisateurs. Ces registrars deviennent alors les interlocuteurs des propriétaires de ces noms de domaine au niveau commercial, technique et légal.
Mais au bout de cette chaîne, c’est bien le propriétaire du nom de domaine qui en devient le responsable. Votre nom de domaine est votre espace et vous êtes responsable de votre “fichier de zone” qui décrit la représentation de la zone DNS dont vous avez désormais la charge avec votre nom de domaine et les éventuels sous-domaines que vous décidez de créer.

Au delà de cette considération technique, votre nom de domaine est un actif économique que vous pouvez utiliser (ou céder à un tiers) et dont vous avez la responsabilité légale. Par exemple, l’Afnic publie un guide de l’utilisateur à destination des titulaires de noms de domaine en .fr pour sensibiliser à ces différentes responsabilités. C’est donc le propriétaire de chaque nom domaine qui a la responsabilité de le gérer, d’un point de vue technique mais aussi légal et commercial.