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4 idées reçues sur la représentation féminine dans la tech

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Camille Fabreguettes représentation féminine dans la tech
Camille Fabreguettes

Chaque 11 février depuis 2015, la Journée des Filles et Femmes de Sciences, initiée par l’UNESCO, est l’occasion de souligner le rôle essentiel joué par les femmes dans la communauté scientifique et technologique.

C’est aussi, et surtout, l’opportunité de faire un état des lieux de la représentation féminine dans ces domaines et de constater que certaines idées reçues sont encore solidement ancrées dans les esprits.

Ces idées reçues, nous les avons soumises à Camille Fabreguettes, Software Engineer chez Datadog pour le produit Application Security et coach pour Django Girls Paris.

Idée reçue n°1 : « Les domaines scientifiques plaisent moins aux filles, c’est comme ça »

Si “c’est comme ça”, comment expliquer les disparités de cette représentation d’un pays à l’autre ? Elyès Jouini, directeur de la chaire Unesco Femmes et Science, rappelle dans une tribune qu’on dénombrait, en 2021, 25 % de femmes en Corée dans les études supérieures en sciences, techniques, ingénierie et mathématiques, 32 % en France et 55 % en Tunisie.

Camille Fabreguettes : Et en Malaisie, où la perception de la tech est moins genrée, les étudiantes sont souvent plus nombreuses que les étudiants dans les bachelors et masters d’informatique. Et lorsque les hommes sont majoritaires, ils ne représentent pas au-delà de 60% des promotions. [lien en anglais]

Voilà de quoi douter d’une aversion “naturelle” des filles pour la tech et plutôt imaginer que les raisons de ce déséquilibre sont davantage culturelles et sociétales.

Camille Fabreguettes : D’ailleurs, les dernières études montrent qu’en France, 56 % des lycéennes sont intéressées par l’informatique ou le numérique.

Cette croyance, en plus d’être erronée, est délétère : cet a priori se révèle auto-réalisateur quand il s’immisce dans le processus d’évaluation. Par exemple, une étude de 1999 [lien en anglais] s’intéressait aux biais d’évaluation dans des épreuves de mathématiques passées par des candidates d’origine asiatique : lorsque l’on donnait comme seule informations aux correcteurs que ces tests avaient été passés par des femmes, les notes étaient relativement faibles. Au contraire, si les correcteurs des mêmes tests informés du seul fait que les “candidats” sont asiatiques, les résultats étaient bien plus élevés. Cette étude de référence a été depuis répliquée, en 2014 notamment, [lien en anglais], avec des résultats similaires, preuve que les « biais d’évaluation » et les stéréotypes savent traverser les décennies.

Difficile de voir filles s’imposer dans ces domaines si on part de l’idée qu’elles n’y arriveront pas.

Idée reçue n°2 : « L’informatique, ça a toujours été un milieu d’hommes »

L’informatique, un milieu d’hommes dans lesquels se sont pourtant illustrées beaucoup de femmes brillantes ! Ada Lovelace (1815-1862) considérée aujourd’hui comme la première informaticienne de l’humanité, Grace Hopper (1906-1992), qui a mis au point le premier compilateur en 1951 et le langage Cobol en 1959 ou encore Radia Perlman (1951-…) surnommée, bien malgré elle, “la mère d’Internet”. « Si on remonte plus loin, précise Camille Fabreguettes, le terme « computer » (« calculateur humain ») désignait même à l’origine une personne qui effectue des calculs mathématiques… et la plupart (même 100% au Harvard Observatory en 1880) étaient des femmes !

L’informatique est en effet un “milieu d’hommes” depuis qu’on associe un certain prestige à ce secteur d’activité… Comme le rappelle Katherine Maher, directrice générale de la Wikimedia Foundation de 2014 à 2021 [lien en anglais], l’informatique faisait, à ses débuts, essentiellement travailler des femmes. Ce sont, déjà, de mauvaises raisons qui créent ce déséquilibre, puisqu’on estime que la programmation dans les années 1960 demande minutie et précision, des qualités qu’on juge à l’époque typiquement féminines. C’est ainsi que Mary Allen Wilkes, autre pionnière, repousse en 1959 son projet de devenir avocate, jugeant le parcours pour y parvenir difficile quand on est une femme. Elle intègrera donc le MIT. Et au final y  développera rien de moins que l’un des premiers ordinateurs personnels !

Dès lors que le potentiel de ce domaine est apparu clairement et que l’informatique a été identifié comme un secteur d’avenir, les hommes se sont engouffrés dans ces carrières.

« Tant que le travail était sous-évalué et qu’il était en quelque sorte considéré comme un travail de secrétariat, il manquait de prestige. Dès qu’il a été question, par exemple, d’envoyer des fusées sur la lune, tout à coup, c’est devenu une industrie qui intéressait davantage les hommes, ce travail a été davantage considéré, la rémunération a augmenté, et les femmes ont été écartées. »

Katherine Maher, directrice générale de la Wikimedia Foundation de 2014 à 2021

Idée reçue n°3 : « C’est en train d’évoluer, aujourd’hui la représentation féminine dans la tech est croissante »

Une chose est sûre : l’écrasante domination masculine dans la technologie n’est pas une idée reçue. 

Camille Fabreguettes : En France, les femmes ne représentent actuellement que 23 % des salariées du numérique et les chiffres dégringolent en fonction des spécialisations : 17 % de femmes dans les métiers de la programmation du développement et à peine 9 % de femmes dans les métiers infrastructures et réseaux. La tendance est la même en Europe où les femmes ne représentent que 18 % des spécialistes des TIC. Mais encore plus grave: la moitié des femmes dans l’IT quitte son emploi avant 35 ans !

Au regard de la présence des filles dans les filières qui mènent à ces métiers et la propension des femmes à quitter ce domaine au bout de quelques années seulement, il faudrait encore environ 12 ans pour arriver à la parité.

Et on n’en prend pas forcément le chemin : aux Etats-Unis, la proportion de femmes évoluant dans la technologie est aujourd’hui plus faible qu’en 1984, rapporte un article du Monde Informatique.

Idée reçue n°4 : « C’est trop difficile de se lancer / il faut être ingénieure / il n’y a pas de formations inclusives »

Camille Fabreguettes : Pour celles qui souhaiteraient se lancer et découvrir la programmation, on organise régulièrement les ateliers Django Girls. Le principe : un week-end d’initiation en petits groupes, totalement gratuit, sans aucun pré-requis technique (il suffit d’amener son propre ordinateur) et réservé aux femmes.

Enfin, pour celles qui veulent aller plus loin ou envisagent une reconversion dans l’informatique, certaines formations ont fait de l’inclusion des femmes dans la tech leur priorité. Je pense notamment à Ada Tech School, « la première école d’informatique inclusive et féministe » ou à DesCodeuses, la « communauté d’apprentissage badass qui allie formation technique et empowerment collectif pour plus de femmes de quartiers dans la tech ».

Le meilleur moyen de développer la représentation féminine dans la tech et les domaines scientifiques, à défaut de parvenir tout de suite à la parité, c’est effectivement d’encourager les vocations naissantes. Mais c’est aussi de donner la parole aux développeuses, aux ingénieures, comme Chrystelle, Maha ou Sophia qui évoquaient en 2021 le parcours qui les a menées à Gandi : « Les femmes dans la tech : en route vers une mixité numérique !«