Cinq mythes sur les nouvelles extensions

22 Déc, 2020  - écrit par  dans Noms de domaine

Lorsque Internet s’est développé et que tout le monde a enregistré un nom de domaine pour sa page d’accueil personnelle ou professionnelle, il n’y avait qu’une poignée d’options : .COM, .ORG et .NET étaient les seules extensions réellement accessibles au grand public. Les extensions comme .EDU et .MIL existaient à l’époque, mais soumises à des règles restrictives. Quant aux extensions correspondant aux codes pays, comme le .FR, si vous n’étiez pas dans ce pays, elles n’avaient que très peu d’intérêt.

C’est pourquoi le .COM est devenu synonyme de « nom de domaine ». Au même titre que Google pour « moteur de recherches » ou Amazon pour les « achats en ligne », le .COM a eu l’avantage d’être le premier et de devenir le plus populaire.

Alors que ces deux précédents exemples sont devenus synonymes du service qu’ils offrent, en partie car ils détiennent chacun un monopole naturel (lien en anglais) dans leur secteur, le .COM a été le roi de l’époque… hum…  en raison d’un choix spécifique visant à limiter le nombre d’extensions.

À mesure que les entreprises se sont développées installées en ligne, elles ont fait connaître leur présence aux consommateurs sur le web en annonçant leurs noms de domaine. Dire « point-com » est rapidement devenu synonyme de « être sur le web ».

Mais en 2000, tout a changé.

L’ICANN (société attributrice des noms de domaine et des numéros sur Internet), est l’organisation chargée de trouver comment déléguer les noms de domaine. Elle a ouvert une poignée de nouvelles extensions : .AERO, .BIZ, .COOP, .INFO, .MUSEUL, .NAME, et .PRO.

Il s’agissait des premiers nouveaux gTLD. Au cours des années suivantes, l’ICANN en ajoutera huit autres.

Mais les vannes se sont réellement ouvertes en 2012, lorsque l’ICANN a commencé à accepter les candidatures pour les nouveaux gTLD. Elle a reçu des milliers de demandes et, au final, en a approuvé et délégué plus de 1200.

Il va sans dire que c’était un grand changement et les gens ont commencé à réfléchir, et à exprimer des hypothèses sur ce sujet.

Aujourd’hui encore, au moment de choisir une extension pour votre nom de domaine, il se peut que vous entendiez des vérités contradictoires et que vous ne sachiez pas vraiment comment faire le tri.

Ce n’est pas grave. Analysons ce que vous avez pu entendre sur les nouvelles extensions génériques et la vérité qui se cache derrière.

1. Les nouvelles extensions ne constituent pas un investissement sûr à long terme : FAUX

La crainte que les gens ont d’être les premiers à adopter quelque chose est fondée. Si vous prenez trop d’avance sur les autres, vous risquez de vous retrouver sur un terrain glissant.

De nombreux nouveaux noms de domaine sont gérés par de nouvelles entreprises. Et, après tout, 90 % des nouvelles start-ups échouent (lien en anglais). Si votre entreprise dépend de votre nom de domaine et que votre nom de domaine dépend d’une start-up, que se passe-t-il si celle-ci disparaît ?

En réalité, il y a plusieurs raisons pour lesquelles le risque est minime.

Il existe un plan de secours

La bonne nouvelle, c’est qu’avant que l’ICANN n’introduise la moindre extension, ils ont anticipé cette problématique et ont élaboré un plan B.

Tout d’abord, l’ICANN n’accorde pas le droit de devenir un registre en claquant des doigts. Les registres candidats ont dû payer une redevance de 180 000 dollars. Cette redevance garantit que les demandeurs ont bien accès à des fonds.

Mais, plus important encore, 60 000 dollars de cette somme ont servi à couvrir les coûts des litiges d’une part, et les frais de fonctionnement en cas de faillite de l’entreprise d’autre part. Une sorte de « dépôt de garantie » pour les registres.

Deuxièmement, quand ces extensions ont été mises en place, certains registres existaient depuis un certain temps et étaient déjà des institutions stables. Nominet, par exemple, qui est le registre qui gère le .UK (et tous les domaines connexes comme le .CO.UK) existe depuis 1996 et ses origines remontent à 1985.

Nominet est l’un des trois Opérateurs de registre de secours back-end, dits « EBERO« , qui constituent un réseau à sécurité intégrée au cas où un registre ne serait pas en mesure d’assurer ses fonctions essentielles pour quelque raison que ce soit, y compris la cessation de ses activités.

En résumé, s’il est tout à fait possible qu’un registre fasse faillite, il a déjà payé l’ICANN pour l’aider à couvrir les coûts, et un plan a été mis en place pour s’assurer que rien de catastrophique ne se produise si c’est le cas.

2. Les navigateurs web et les clients de mails ne reconnaissent pas les nouvelles extensions : (essentiellement) FAUX

Presque tous les logiciels qui fonctionnent sur Internet ou qui se connectent à Internet d’une manière ou d’une autre utilisent des noms de domaine. Il est donc important que, si vous achetez un nom de domaine avec une nouvelle extension, il soit compatible avec ces derniers.

Dire que les navigateurs web et les clients de mails ne reconnaissent pas les nouvelles extensions est vrai si vous parlez d’une acceptation vraiment universelle de tous les nouveaux gTLD…

MAIS… quand les gens disent cela, ils veulent dire que votre navigateur, votre client de messagerie, votre site web, votre application, etc., ne lira pas correctement votre nom de domaine ou votre adresse mail à moins qu’il n’utilise un des gTLD « historiques » (c’est-à-dire .COM, .ORG, .NET, etc.).

Il y a une énorme différence entre « aucune requête (ou la plupart) n’acceptent pas de nouveaux gTLD » et « toutes les requêtes acceptent tous les nouveaux gTLD ».

Il est vrai que lorsque les nouveaux gTLD ont été lancés, des problèmes se posaient avec les navigateurs web qui effectuaient une recherche Google au lieu d’une recherche DNS si vous tapiez un nom de domaine qui ne se terminait pas par .COM, .NET, etc. ou des sites web où la saisie d’une adresse électronique où le domaine comportait plus de 3 caractères provoquait une erreur.

Ces questions étaient les problèmes « faciles ».

Le défi, maintenant, consiste à faire en sorte que des logiciels, souvent conçus et commercialisés principalement dans les pays anglophones, acceptent des noms de domaine dans des scripts qui ne vont pas de gauche à droite ou qui ont d’autres types de caractères spéciaux.

Pour être précis, en septembre 2020 (lien en anglais), Chrome, Opera, Safari et Edge ne reconnaissaient pas les scripts de gauche à droite, tandis que Firefox et Safari ne reconnaissaient pas le caractère japonais « open dot » comme un point dans un nom de domaine. Mais tous ces navigateurs et Internet Explorer (qui n’a pas ces problèmes), peuvent reconnaître toute autre nouvelle extension.

Et pour être précis, le nombre de nouveaux gTLD concernés est très faible, il représente moins de 1 % des nouveaux gTLD.

En ce qui concerne le mail, l’obstacle consiste encore à faire reconnaître les caractères qui ne sont pas ASCII par les différents logiciels utilisés pour l’envoi et la réception de mail (lien en anglais).

Enfin, si vous souhaitez voir comment différents langages et structures gèrent les nouveaux TLD, en particulier les noms de domaine internationalisés, le groupe de pilotage pour l’acceptation universelle de l’ICANN effectue périodiquement des tests et publie les résultats (lien en anglais).

En fin de compte, bien que vous puissiez avoir des problèmes avec les noms de domaine internationalisés dans certaines langues dans certaines applications, la conformité augmente, et la grande majorité des applications reconnaitra n’importe quel nom de domaine en caractères latins ou autre alphabet.

3. Les nouveaux gTLD sont des nids à spammeurs : VRAI et FAUX

Une autre chose que vous entendrez dire est que les noms de domaine avec des nouveaux gTLD sont uniquement enregistrés par des spammeurs.

Nous n’allons pas nier la réalité : beaucoup de nouveaux gTLD, et en particulier les moins chers, sont utilisés pour du spam (lien en anglais).

Mais ce serait injuste de laisser cette utilisation changer la fonction initiale des gTLD. Selon le rapport du DAAR de l’ICANN pour l’année 2019 (lien en anglais) :

« Sur les 299 211 noms de domaine identifiés comme des menaces pour la sécurité signalées dans 376 nouveaux gTLD :

    • 40 % se trouvaient dans les 2 nouveaux gTLD les plus exploités.
    • 60 % se trouvaient dans les 5 nouveaux gTLD les plus exploités.
    • 80 % se trouvaient dans les 12 nouveaux gTLD les plus exploités.
    • 90 % se trouvaient dans les 22 nouveaux gTLD les plus exploités ».

Et selon une étude de 2016, environ un tiers de tous les nouveaux gTLD étaient à 100% exempts de tout abus au cours du dernier trimestre de cette année (lien en anglais).

Ainsi, si l’on regarde la situation dans son ensemble, les statistiques qui indiquent que les nouveaux gTLD représentent 15,3 % des enregistrements de noms de domaine et 40,4 % des noms de domaine de spam, cela occulte le fait que les domaines de spam sont concentrés dans un nombre relativement faible de gTLD dans l’ensemble.

Si vous êtes préoccupé(e) par la réputation d’un TLD, Spamhaus garde une trace des « TLD les plus utilisées pour de spams », et vous pouvez vérifier l’incidence du spam en faisant une recherche par TLD (lien en anglais).

En ce qui concerne les raisons pour lesquelles des abus ont lieu sur ces TLD, comme le note un rapport (lien en anglais):

Les opérateurs de registres des nouveaux gTLD les plus exploités se font concurrence par les prix. Nous avons constaté que leurs prix de vente pour l’enregistrement étaient parfois inférieurs à 1 $, voire 0,50 $, ce qui était inférieur aux frais d’enregistrement des domaines .COM. Il n’est cependant pas certain que le prix soit le seul facteur à l’origine des fortes concentrations de noms de domaine enregistrés de manière malveillante.

4. Les nouveaux gTLD ne sont qu’une mascarade pour gagner de l’argent : FAUX

Certains considèrent le répertoire des nouveaux gTLD dans son ensemble comme étant une tentative de mauvaise foi de la part des bureaux d’enregistrement agissant par l’intermédiaire de l’ICANN pour créer un marché basé sur la spéculation des noms de domaine et jouer sur le risque de cybersquattage.

Cette théorie ne porte pas sur l’ICANN, qui est une organisation à but non lucratif, mais plutôt sur les bureaux d’enregistrement qui influenceraient l’ICANN à lancer des nouveaux gTLD afin de gagner eux-mêmes de l’argent.

L’argument repose sur l’idée que la majorité des enregistrements de nouveaux gTLD sont des « enregistrements défensifs », ou des marques qui ont été enregistrées dans un TLD particulier sans intention d’utiliser réellement le nom de domaine, uniquement pour empêcher qu’un tiers enregistre le nom de domaine à leur place.

Il n’est pas faux de dire que l’émergence des nouveaux gTLD a entraîné une augmentation de la spéculation au niveau des noms de domaine (achat d’un nom de domaine pour le revendre) et des enregistrements défensifs.

Les nouveaux gTLD disposent également de quelques mécanismes pour lutter contre le cybersquatting et limiter la spéculation sur les noms de domaine.

TMCH

TMCH est le Trademark Clearinghouse, où les propriétaires de marques peuvent enregistrer leur marque et avoir accès à la phase d’enregistrement prioritaire Sunrise (qui, pour être juste, demande un prix plus élevé aux propriétaires de marques pour un accès anticipé).

TMCH peut également aider les titulaires de marques en cas de litige.

Domaines premium et réservés

La spéculation sur les domaines se fait souvent sur des termes communs et génériques. Pour aider à contrôler cette spéculation, de nombreux registres ont mis en place des noms de domaine premium et réservés.

De manière générale, les registres définissent une liste de termes génériques, qui devraient être très demandés, et fixent le prix de ces noms de domaine à un niveau beaucoup plus élevé afin de garantir que le domaine, s’il est enregistré, sera utilisé pour un site web.

Les noms de domaine réservés sont une autre liste de noms de domaine qu’un registre a décidé de ne pas mettre en vente (bien qu’il les libère parfois plus tard), pour quelque raison que ce soit.

Les produits de blocage

Certains registres ont commencé à proposer des « produits de blocage » qui vous permettent de bloquer l’enregistrement de votre marque sans avoir à acheter des noms de domaine individuels.

Mais vous pourriez tout aussi bien rétorquer que toutes ces stratégies d’atténuation sont une autre façon de tirer profit d’un problème pour les entreprises qui ne serait pas apparu sans la création des nouveaux gTLD.

Les nouveaux gTLD ont pourtant une forte proportion de noms de domaine utilisés pour des sites web. Une étude de 2017 (lien en anglais) a révélé que sur 64 000 enregistrements actifs de .GURU, par exemple, 56 000 géraient de véritables sites web. Cela représente plus de 87 %. Le programme des nouveaux gTLD répond donc à une demande réelle, même si cela crée des inconvénients pour les autres.

Mais en fin de compte, tout dépend de la façon dont vous considérez les bureaux d’enregistrement et les autres acteurs du secteur des noms de domaine. Et nous serons les premiers à dire que tous les bureaux d’enregistrement et tous les acteurs du secteur des noms de domaine n’agissent pas de bonne foi. Tous ce que nous pouvons faire, c’est nous engager à ne pas être comme eux.

5. Les nouveaux gTLD n’offrent rien de plus que le .COM : FAUX

Bien sûr, il n’y a rien de fondamentalement plus utile d’une extension à une autre. Mais les nouveaux gTLD présentent certains avantages par rapport au .COM.

Une chose que certains nouveaux gTLD ont de plus que le .COM est qu’ils ne sont pas aussi génériques. Grâce aux nouveaux gTLD, il est désormais possible d’en dire plus sur votre nom de domaine dans votre extension tout en gardant le nom lui-même relativement simple.

Vous pourriez vouloir dire quelque chose sur votre spécialisation ou votre domaine d’expertise, le secteur dans lequel vous travaillez ou votre identité personnelle. Vous pouvez également parler une autre langue que l’anglais et souhaiter un nom domaine se terminant dans une autre langue pour qu’elle atteigne mieux un public qui ne parle pas anglais.

Conclusion

Lorsque les nouveaux gTLD ont été lancés, la plupart des gens ne l’ont pas remarqué. Certaines personnes se sont inquiétées. Et d’autres étaient simplement prudents. Toutes ces réactions sont naturelles.

L’intérêt des nouveaux gTLD est d’offrir plus de choix, de permettre aux personnes qui osent choisir autre chose que le .COM d’avoir le domaine générique parfait qui n’est pas disponible. Et ce programme atteint cet objectif.

Cela ne veut pas dire qu’il n’a pas été pénible pour certains ou qu’il n’a pas suscité une part de suspicion. C’est naturel. Mais une partie de cette suspicion a conduit à traiter tous les nouveaux gTLDs de la même manière. Comme partout, il y a de mauvais acteurs et des acteurs de mauvaise foi, mais ils ne reflètent pas l’ensemble des acteurs.

En fin de compte, nous vous conseillons d’être avisé(e) concernant les TLD lorsque vous choisissez votre nom de domaine.

Si vous envisagez un nouveau nom de domaine, prenez également en considération l’extension, lorsque vous évaluez s’il s’agit d’un bon nom de domaine pour vous. Nous entendons par là que si une extension vous convient, enregistrez sans crainte votre nom de domaine avec celle-ci.

Voir le catalogue des extensions disponibles chez Gandi

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    Bonjour,
    Ce qui serait très utile quand on fait une recherche de nom de domaine chez Gandi c’est de nous permettre de trier les propositions de noms de domaines selon leur tarif.
    Une grande partie des nouveaux noms de domaine pratiquent des tarifs abusifs et on commence à voir des augmentations annuelles proportionnellement importantes qui laissent présager les comportements futurs de ces sociétés qui n’hésiteront pas à augmenter les prix sur des clients captifs.
    Je mets donc en garde les néophytes, méfiez-vous des promotions sur la première année et réfléchissez à deux fois avant de vous engager sur les nouvelles extensions de noms de domaines.

      Julie

      Bonjour Thierry, merci de votre commentaire et de cette suggestion qui nous a permis de lancer le débat dans les équipes. Pour ne rien vous cacher, ce n’est pas la première fois que l’ajout de cette fonctionnalité vient sur la table. La gestion des promotions et des noms de domaine premium au quotidien est le principal point bloquant pour proposer ce tri par prix. Rien que nous ne saurions faire, simplement d’autres priorités qui sont venues s’insérer par-dessus ce sujet. J’espère que nous aurons le plaisir de publier bientôt un article sur cette nouvelle fonctionnalité. – Julie pour l’équipe Gandi.net